Le lieu est personnel

Due to public demand, we’ve had requests to translate some of our wonderful articles into other languages for our audience that’s not always English-speaking. It’s our pleasure therefore to bring you Leila Aboulela’s “Place is Personal,” translated into French by Godfrey Byaruhanga. Bien s’amuser.

Leila Aboulela

Leila+Aboulela+by+Vaida+V.+Nairn

Jusqu’à ce que j’avais dix-neuf ans, ma famille et moi vivions dans une villa de la rue 7, dans la nouvelle extension de Khartoum, non loin de l’aéroport. Pendant longtemps, le temps régulier, je marchais sur les mêmes tuiles, couché sur un balcon qui donnait sur l’ambassade de Jordanie. J’étais nerveuse de la cuisine grasse mal éclairée, qui, peu importe combien de fois les ampoules étaient changées, est restée morose. J’entendais les avions décoller et les regardais devenir plus grand et plus clair quand ils atterrissaient. Je connaissais intimement la boue des parterres de fleurs et le motif sur la porte d’entrée. Ils me sont devenus, et même si elles ont été posés au-dessus avec des images fraîches, ma maison d’enfance qui est restée le fondement originel, la norme par laquelle je mesurais tous les autres lieux. Des années plus tard en Ecosse, à Jakarta, à Dubaï, je rêvais de cette maison, parfois, nuit après nuit, rêves agités, comme si je ne l’avais jamais quitté, comme si j’avais encore le droit d’y être. Le plancher noir et tacheté, les étapes vers le jardin qui à la mi-journée pourrait brûler mes pieds nus, une petite tache blanche sur le pilier poussiéreux du porche, j’y avais dessiné une image humoristique à l’encre et pour la cacher à la colère de mon père je l’avais couvert avec une pâte de vim mélangé avec de l’eau. Lorsque nous avons finalement déménagé dans une maison nouvellement construite près du Nil Bleu, notre vieille maison dans la rue 7 a été rénové au-delà de la reconnaissance par son nouveau propriétaire, mais dans mon esprit, il est resté le même jusque dans les moindres détails. Physiquement en termes de sensations, en terme d’esthétique, je suis enracinée à Khartoum et dans cette maison particulière. Je reviens à cela dans ma fiction, c’est ma base, synonyme d’une idée privé du Soudan.
Dans mon premier roman The Translator, ce n’est pas le protagoniste, mais sa tante qui vit dans cette maison. Sammar retourne vivre avec sa tante Mahasin après des années d’être loin à Aberdeen. Elle retourne à ma maison d’enfance dans la rue 7 – ce que je ne pouvais pas faire. Ecrire est un désir et quand ce désir est pour un lieu, l’endroit peut devenir aussi important que le thème ou les personnages. Lors du processus d’écrire, le lieu semble réel, mais hors de la portée et peu à peu les descriptions doivent le tirer de plus près, la rendre plus clair, rendant l’image plus nette, ajoutant de la couleur à ce qui était monochrome, ajoutant du mouvement à ce qui était statique.
Contrairement au film dans une certaine mesure, la fiction peut faire usage de la même maison ou l’heure d’emplacement à maintes reprises sans confondre le lecteur. En fait, l’attachement personnel et esthétique de l’écrivain à un lieu peut être exploité presque indéfiniment. On associe souvent les écrivains aux lieux: Dickens à Londres victorien, Mahfouz aux ruelles du vieux Caire. Ils nous emmènent dans ces lieux non seulement parce qu’ils les connaissaient bien, mais parce que, dans le processus d’écrire, ils s’y approchaient et cherchaient accès.
Je me souviens d’un exercice d’écriture visant à évoquer un sentiment de lieu. Aller à un endroit où vous n’avez jamais été. Il pourrait être grand ou contenu, à l’extérieur ou à l’intérieur, même une salle suffirait. Vous décrivez la première chose que vous remarquez. Est-il un objet, une odeur, la lumière ou les dimensions? Est-ce que cet endroit vous rappelle quelque part d’autre? Soyez honnête. Quelle est la première chose qui ait attiré votre attention? C’est le point de départ. Ce que vous remarquez le premier est le pivot, l’accent et puis vous pouvez effectuer un panoramique vers les autres détails. Le lieu est personnel. Deux écrivains ne peuvent pas décrire un même endroit exactement de la même façon. Confortable ou claustrophobe, ombragé ou apaisante, sombre ou déprimant? Le plus la réaction de l’écrivain est personnelle, le plus vif et honnête serait l’écriture. Ce n’est pas la distance dont le lecteur a besoin, c’est le sentiment «d’y être».
Certains de mes scènes préférées dans Lyrics Alley ont lieu dans la maison du tuteur. Badr est le précepteur de la famille Abuzeid dont la vie change quand leur fils prometteur est blessé dans un accident de natation. Selon ses propres mots, Badr vit dans un logement “pitoyable”, partageant une chambre et une petite cour avec sa femme enceinte, ses quatre fils et son père âgé. La situation est exacerbée lorsque son cousin emménage avec eux. Le personnage de Badr a été inspiré par une succession de tuteurs arabes que mon frère et moi avons eu. Ils étaient tous des hommes égyptiens, en détachement au Soudan qui a duré plusieurs années. Beaucoup avaient quitté leurs familles restées au pays, mais le tuteur que j’ai eu quand j’avais quinze ans, comme Badr, a vécu avec son épouse, fils et père âgé dans la banlieue de Khartoum. Je n’ai visité sa maison qu’une seule fois avec ma mère. Très probablement les vacances tendaient vers leur fin et comme mon tuteur n’avait pas le téléphone, ma mère a décidé de passer lui rappeler de recommencer mes cours. Notre visite ne pouvait pas avoir duré plus de vingt minutes, mais elle m’ a laissé une impression durable. La cour exiguë, le vieux père inconscient de ma présence et le regard perdu dans l’espace, les petits garçons courant dans leurs sous-vêtements. Et à l’opposé de cette misère, était la femme de mon tuteur. Elle était beaucoup plus grande que lui et, malgré ses vêtements usés, incroyablement belle. Souriante et accueillante, elle semblait être aimée au point d’accomplissement. Vingt minutes où rien hors de l’ordinaire ne s’est passé et rien de particulièrement intéressant n’a été dit. Vingt minutes où j’ai absorbé cette petite maison, ses odeurs, ses dimensions, la cuisine en plein air dans le coin et les lits faits de corde.
J’aurais pu oublier la maison de mon tuteur mais de toute façon je n’ai pas. Elle est restée avec moi et s’est mélangé avec d’autres choses – des maisons semblables à Khartoum, une cour voisine négligemment entrevue, une visite à une camarade d’ école dont l’amitié n’a pas fleuri, des photographies et des maisons de fiction dans les romans et des séries télévisées. Quand j’écrivais Lyrics Alley, la maison de Badr était juste là, associée avec lui. Je ne devait pas me forcer pour m’en souvenir et je n’avais pas à l’imaginer activement. Je la « connaissais » et à travers le processus d’écrire je voualais y’être à nouveau.

Note biographique
Lyrics Alley, l’histoire du dernier roman de Leila Aboulela se passe au Soudan des années 1950, a été le vainqueur de la fiction de la Scottish Mortgage Investment Trust Book Awards. Il a été sélectionné pour la longue liste du Prix Orange et sélectionné pour la courte liste de la région de l’Asie du Sud et l’Europe du Commonwealth Writer’s Prize. Ses deux romans précédents, The Translator (le New York Times Notable Book of the Year) et Minaret ont été sélectionnés pour la longue liste du Prix Orange et du prix IMPAC Dublin.
Leila a reçu le Prix Caine pour l’écriture africaine pour The Museum inclus dans sa collection d’histoires, Coloured Lights, qui a été sélectionné pour la courte liste du Prix Macmillan / Silver PEN. La radio BBC Radio a largement adapté son écriture et diffusé un certain nombre de ses pièces y compris The Mystic Life et le drame historique The Lion of Chechnya. L’œuvre de Leila a paru dans des publications telles que Granta, la Vaginia Quarterly Review et le Washington Post. Il a également été traduit en 13 langues.

Lisez tout sue Leila Aboulela dans www.leila-aboulela.com

 

 

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